L'ULM a replié ses ailes, et tout le matériel est à nouveau rangé à bord. Le Dumont d'Urville a presque retrouvé son allure de mer. L'animation est retombée sur des visages las et plutôt graves. La mission est terminée. Quel en est le bilan ? - me demandez-vous, je le sens bien.

"Aux morts !" Les sabres s'abaissent. En son "off" hors du dispositif militaire, le docteur Jean-Pierre Thomas qui a tant fait pour soigner le bakua a accepté la responsabilité écrasante de la sonnerie aux morts. Elle est aussi prenante que diabolique dans son attaque en sourdine, son crescendo qui s'envole et son final évanescent, surtout quand l'exécutant a la gorge serrée. La pureté de cette sonnerie qui monte dans le silence doit porter très loin la ferveur de cet instant de recueillement.

"Aujoud'hui, rien" - a écrit Louis XVI sur un tout autre sujet, le jour où explosait la Révolution. Au cours du point Presse du mercredi avec le Musée National de la Marine, l'amiral Battet et Yves Bourgeois ont rappelé l'ampleur du travail quotidien de la mission La Pérouse 2008.

Nous montons derrière Rufino Pineda, venu à notre rencontre sur la plage de Paucouri, en nous déhalant sur des végétaux secourables. La piste glissante et très pentue sinue dans les fougères à travers les bananiers. Elle monte vers la ligne de crête d'une presqu'île boisée à laquelle est adossé le village, à l'abri des cyclones. Elle conduit à un ancien lieu tabou.

Un superbe petit objet est remonté à la lumière. Une parure en os finement ciselée. Elle appartient à la culture des indiens Tlingit, comme le percuteur en marbre remonté hier et d'autres objets remontés naguère. Les ethnologues identifieront cet animal dont la tête évoque un cheval, un aigle au bec démesuré ou une chimère, hérissé de poils ou de pattes selon l'avis de chacun.